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Reporters sans frontières, ONG reconnue d'utilité publique, défend la liberté d'informer et d'être informé partout dans le monde.
Updated: 2 hours 40 sec ago

Kazakhstan - Les autorités prêtes à couper les communications à volonté

Sat, 04/12/2014 - 12:25

Le Kazakhstan poursuit sa fuite en avant liberticide : le Président est sur le point de promulguer des amendements draconiens à la loi sur les communications, adoptés par le Parlement le 2 avril 2014. Si le chef de l'Etat signe ce texte, non seulement tout site Internet ou réseau social pourra désormais être bloqué en quelques heures sans décision de justice, mais l'ensemble des moyens de communication pourront également être suspendus.

« Ces amendements légalisent les formes les plus extrêmes de censure. Il est intolérable que les autorités kazakhes s'arrogent le droit de couper l'ensemble des réseaux avec autant de légèreté. La référence explicite aux manifestations non autorisées révèle bien l'objectif de ce texte : prévenir toute critique du pouvoir, quitte à porter un coup fatal à la liberté de l'information », dénonce Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Le nouvel article 41-1 de la loi sur les communications stipule qu'en cas de « préjudice porté à la personne, à la société ou à l'Etat » ou de « diffusion d'informations enfreignant la loi électorale (...) ou contenant des incitations à prendre part à des activités extrémistes, terroristes, à des troubles massifs ou à des actions de masse (publiques) organisées en violation des règles établies », les autorités seront habilitées à couper temporairement tout réseau ou moyen de communication, et à bloquer l'accès à toute ressource en ligne.

L'Agence des communications et de l'information aura une heure pour transmettre l'ordre de blocage émanant du Parquet général aux opérateurs ou aux services compétents. Ces derniers auront à leur tour trois heures pour bloquer l'accès aux sites ou aux réseaux sociaux incriminés. La même procédure est prévue pour la suspension des services de communication.

« Les critères justifiant les blocages de ressources en ligne sont si vagues et larges qu'ils ouvrent la voie aux interprétations les plus répressives. Leur utilisation politique est d'autant plus à craindre que les blocages relèveront de simples décisions administratives, sans débat contradictoire ni possibilité pour les sites visés de se défendre. Et les intermédiaires techniques, ne disposant que de quelques heures pour obtempérer, ne seront pas incités à faire dans le détail », poursuit Christophe Deloire.

Cette réforme constitue la dernière en date d'une série de mesures liberticides visant à tuer dans l'oeuf tout mouvement de protestation dans le pays. Le 28 janvier, le gouvernement a adopté un décret soumettant les médias à la censure préalable en cas de « situations d'urgence à caractère social ». Le régime du président Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis l'indépendance, a accentué son caractère répressif depuis les émeutes de Janaozen en décembre 2011. Outre les inconnues que pose la succession du leader vieillissant, certains analystes estiment que les dernières réformes liberticides sont liées à la crainte d'un mouvement de contestation inspiré de la révolution ukrainienne. D'autres justifient le renforcement du contrôle d'Internet par le mouvement de panique qui s'est propagé dans le pays suite à la dévaluation du tenge, la monnaie nationale, en février 2014 : des rumeurs avaient massivement circulé, notamment via SMS, prétendant que trois banques kazakhes avaient fait faillite.

La réforme de la loi sur les communications intervient dans un climat régional favorable à la censure du Net. En Russie, des amendements entrés en vigueur en février 2014 permettent de bloquer sans décision de justice les sites comportant des appels à prendre part à des manifestations non autorisées. La Turquie a quant à elle autorisé le blocage administratif des contenus « portant atteinte à la vie privée » ou jugé « discriminatoires ou insultants ». Le blocage de Twitter (20 mars) et de Youtube (27 mars) dans le pays a démontré si besoin était la portée liberticide de ces nouvelles dispositions.

(Photos : AFP Photo / Johan MacDougall, Leon Neal - Pool / Getty Images)

The Cause : une coalition mondiale exhorte les gouvernements à endiguer les technologies de surveillance

Fri, 04/04/2014 - 00:05

Les leaders mondiaux doivent s'engager à garder les technologies de surveillance hors de portée des dictateurs et des régimes autoritaires, affirme une nouvelle coalition qui rassemble des ONG de défense des droits de l'homme lancée aujourd'hui à Bruxelles.

Cette coalition, CAUSE (Coalition contre l'export des technologies de surveillance) - qui rassemble, entre autres, Amnesty International, Digitale Gesellschaft, FIDH, Human Rights Watch, Open Technology Institute, Privacy International et Reporters sans frontières – veut tenir les gouvernement et les entreprises privées responsables des abus liés au marché en pleine expansion des technologies de surveillance des communications (estimé à 5 milliards de dollars à l'heure actuelle). De plus en plus souvent, les gouvernements utilisent des logiciels, équipements et autres outils de surveillance qui portent atteinte, non seulement à la vie privée, mais également à de nombreuses autres libertés fondamentales.

"Ces technologies permettent aux régimes de réduire au silence toute contestation ou voix critique, de restreindre la liberté d'expression et de circonscrire les libertés fondamentales. La coalition CAUSE a documenté des cas dans lesquels des technologies de surveillance ont été utilisées non seulement pour espionner la vie privée des citoyens, mais également pour permettre à des gouvernements d'emprisonner et de torturer leurs opposants", a déclaré Ara Marcen Naval d'Amnesty International.

"Les preuves s'accumulent pour montrer que l'usage des technologies de surveillance par des gouvernements autoritaires s'est généralisée. Le développement, la vente et l'exportation incontrôlés de ces technologies est injustifiable. Les gouvernements doivent agir au plus vite pour empêcher que ces technologies ne tombent entre de mauvaises mains", a affirmé Kenneth Page de Privacy International.

Dans une lettre ouverte publiée aujourd'hui sur le site internet de CAUSE, les ONG ont exprimé leur inquiétude face à l'absence presque totale de régulation du marché des technologies de surveillance des communications.

Le site web de la coalition détaille les différentes technologies mises au point et vendues par des compagnies privées et met l'accent sur les pays d'origines de ces compagnies. L'utilisation de ces technologies a été identifiée dans des pays tels que le Bahrein, la Côte d'Ivoire, l'Egypte, l'Ethiopie, la Libye, le Nigéria, le Maroc, le Turkménistan, les Emirats Arabes Unis.

"Personne n'est à l'abri du danger que constituent les technologies de surveillance pour la vie privée ainsi que pour de nombreux autres droits fondamentaux. Ceux qui surveillent aujourd'hui seront surveillés demain" a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH. "La coalition CAUSE a été créée pour appeler à la régulation de ce commerce et pour mettre fin aux abus" a t-il ajouté.

Alors que de nombreux gouvernements entament des négociations autour de la régulation de ce marché, des inquiétudes demeurent. Sans une pression continue sur les gouvernements pour l'instauration d'un contrôle ferme, adapté et basé sur le respect des droits humains de ce marché, la prolifération de ces technologies intrusives se poursuivra et conduira à de nouveaux abus.

"Les gouvernements ont aujourd'hui une opportunité unique de résoudre ce problème et de modifier leurs législations pour les adapter aux évolutions technologiques" a déclaré Tim Maurer de New America's Open Technology Institute.

"De plus en plus de journalistes, de net-citoyens et de dissidents dont les communications sur Internet ont été interceptées par les autorités se retrouvent en prison. L'adoption d'un cadre juridique protecteur des libertés sur Internet est primordiale, tant pour la question générale de la surveillance d'Internet que pour la réglementation des pratiques des entreprises exportatrices de matériel de surveillance" a déclaré Grégoire Pouget de Reporters sans frontières.

"Nous avons pu constater l'impact dévastateur qu'ont ces technologies sur la vie des individus et sur le fonctionnement des sociétés civiles. L'inaction ne fera que renforcer l'irresponsabilité patente des "dealers de la surveillance" et des agences de sécurité en normalisant les pratiques de surveillance des Etats. Nous appelons les gouvernements à se consulter et à prendre rapidement des mesures appropriées", a déclaré Wenzel Michalski de Human Rights Watch.

Ces technologies de surveillance des communications incluent :

  • les logiciels malveillants qui permettent d'extraire des données depuis des ordinateurs ou téléphones personnels ;
  • les outils utilisés dans l'interception des télécommunications ;
  • les dispositifs de géolocalisation de téléphones portables ;
  • les centres de surveillance capables de traquer des populations entières ;
  • l'utilisation des caméras des ordinateurs et téléphones mobiles à des fis d'écoutes ou d'espionnage ;
  • les dispositifs utilisés pour intercepter et analyser le trafic internet passant par les fibres optiques des câbles sous-marins.

"En tant que membres de la coalition CAUSE, nous appelons les gouvernements à agir immédiatement pour mettre fin à la prolifération de ces technologies dangereuses et pour s'assurer que leur commerce est contrôlé efficacement et se déroule de façon responsable et transparente" a déclaré Volker Tripp de la Digitale Gesellschaft.

Les ONG membres de la coalition CAUS ont cherché à découvrir comment de telles technologies sont arrivées entre les mains d'Etats autoritaires dont les agences de sécurité ciblent arbitrairement les journalistes, les dissidents, les opposants politiques et la société civile.

Les cas recensés par les membres de la coalition incluent :

  • des technologies de surveillance allemandes utilisées au Bahreïn pour identifier des dissidents qui ont été torturés par la suite ;
  • un malware fabriqué en Italie utilisé par les autorités marocaines et par les Emirats Arabes Unis pour étouffer la liberté d'expression et emprisonner les voix critiques ;
  • des compagnies européennes exportant des logiciels de surveillance vers le Turkménistan, pays connu pour sa répression violente envers les dissidents ;
  • des technologies de surveillance utilsées pour surveiller les citoyens en Ethiopie ainsi que la diaspora éthiopienne présente en Europe et aux Etats-Unis.

Note

  1. La coalition CAUSE est déjà présente dans le monde entier et va poursuivre son expansion. The CAUSE est actuellement dirigée par les groupes suivants : Amnesty International, Human Rights Watch, Privacy International et Reporters sans frontières, FIDH, Digitale Gesellschaft et le Open Technology Institute de la New America foundation aux Etats-Unis.
  2. Le droit à la vie privée est garanti par l'Article 12 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et par l'Article 17 du pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Pour plus d'informations ou pour toute demande d'interview, contactez :
Anne-Charlotte Chéron
presse@rsf.org
01 44 83 84 56

Les finalistes des Bobs 2014 désignés

Thu, 04/03/2014 - 10:17

La censure, Edward Snowden et l'Ukraine – voilà les grands sujets de la 10ème édition des Bobs. Les membres du jury international ont sélectionné leurs finalistes, maintenant c'est aux internautes de voter.

C'est une année riche en événements pour la blogosphère internationale et pour les Bobs, le concours de la DW qui récompense les meilleurs projets de cyber-activisme. Entre les attaques redoublées de la censure contre les blogueurs et les journalistes et l'affaire de la NSA, de nombreux programmateurs ont employé leur créativité au développement de nouvelles techniques de cryptage et de réseaux de communication sécurisés.

La contestation anti-gouvernementale de l'an dernier en Turquie est encore très présente sur la Toile et la crise ukrainienne est le grand sujet du printemps 2014. En Afrique et en Asie, les innovations techniques qui visent à faciliter aux populations l'accès à l'information sont au premier plan.

Une des caractéristiques des Bobs est que de nombreux blogs, sites et campagnes sont l'œuvre de personnes menacées dans leur pays d'origine par des représailles, des poursuites voire de la prison. Souvent, Internet représente pour eux l'ultime espace de liberté, qu'il s'agisse de militantes des droits de l'homme dans des pays arabes ou d'opposants en Chine. Et ils sont nombreux à devoir contourner la censure sans relâche, avec les autorités de leur pays sur les talons.

Souvent, ce jeu du chat et de la souris est très risqué. Au cours des dix années d'existence des Bobs, on a vu des blogs désignés pour la finale tout bonnement disparaître. Parfois, on a même vu des lauréats jetés en prison. La Cubaine Yoani Sánchez a ainsi été enlevée, frappée et menacée. Elle avait parlé de façon critique du quotidien à Cuba dans son blog « Generation Y » et cela n'avait pas plu au régime de Fidèle Castro. Elle a remporté en 2008 le prix du Meilleur Blog des Bobs et ce n'est que l'an passé que la lauréate a pu venir chercher son trophée à Berlin. Auparavant, elle n'avait pas le droit de sortir du territoire cubain.

Les finalistes

Plus de 3.000 candidatures ont été adressées pour les Bobs 2014. Les 15 membres du jury international ont sélectionné leurs finalistes. C'est maintenant aux internautes de voter afin de décerner les prix du public dans les 20 catégories du concours.

Dans les 14 catégories « Favori du public » concourent cinq finalistes de chaque langue, dont le français. Les six autres catégories « mixtes », opposent des candidats toutes langues confondues. Il s'agit de désigner le meilleur blog, la meilleure campagne d'activisme social ou encore la meilleure innovation. Ainsi, on trouve parmi les finalistes la campagne brésilienne « Um lar para Snowden », une pétition signée par plus d'un million de personnes qui appelle le gouvernement brésilien à accorder l'asile au lanceur d'alerte à l'origine des révélations sur la surveillance de la NSA américaine.

« Lantern » est un outil fr_FR:qui sert à contourner la censure#. Le réseau est accessible sur invitation. Chaque ordinateur membre du groupe peut faire office de serveur et permettre un accès libre et non censuré à des sites ou des réseaux sociaux bloqués.

La page Facebook « EuroMaydan » est la source d'information la plus importante sur les événements en Ukraine. Elle a récolté en un temps record plus de 300.000 fans.

Le collectif « Emmabuntüs » propose pour sa part des logiciels pour reconditionner des ordinateurs d'occasion et leur offrir une nouvelle vie, par exemple dans les pays en développement.

Enfin, dans la catégorie « Créativité & Originalité », on trouve à la fois des sites politiques et humoristiques. Nominée pour la deuxième fois pour la langue française, Delit Maille tricote littéralement l'actualité avec un nouveau projet ambitieux : le centenaire de la Première guerre mondiale.

Tous les finalistes sont présentés sur le site des Bobs. À partir du 2 avril et jusqu'au 7 mai, les internautes peuvent voter pour décerner le prix du public dans chaque catégorie.

Le jury

De son côté, le jury décerne des prix dans les six catégories mixtes. Ses membres se retrouvent à Berlin en mai pour une session de délibération suivie de l'annonce des lauréats dans le cadre de la conférence re:publica.

La blogueuse russe Alena Popova est pour la deuxième fois membre du jury des Bobs. En cette année où la Russie et l'Ukraine sont au cœur de l'actualité internationale, elle souligne l'importance des initiatives en ligne pour mobiliser les citoyens. En 2012, Alena Popova a créé une fondation qui vise à soutenir de tels projets : « Le cyber-activisme a montré que la société russe était mûre pour le changement. Nous nous aidons mutuellement pour faire évoluer les choses, ensemble. Cette confiance est telle que même la propagande de l'État ne peut l'ébranler. Depuis l'élection de la Douma [le Parlement russe] en décembre 2011, certains projets en ligne ont entraîné des effets concrets. »

Pour la première fois, la langue française est représentée par le blogueur camerounais Florian Ngimbis, lauréat du Meilleur blog francophone en 2012. Son blog Kamer Kongossa est l'un des plus populaires en Afrique francophone, il y formule une critique acerbe du pouvoir en place sur fond de petites histoires du quotidien.

Menaces ou « conseils » ?

Le jury des Bobs compte également de vieux habitués qui se sont distingués par le passé en donnant de la voix à des blogueurs dans des pays autoritaires. C'est le cas d'Arash Abadpour, blogueur d'origine iranienne établi au Canada, ou de Shahidul Alam, grand photographe du Bangladesh et militant reconnu des droits de l'homme. Depuis l'an dernier, le professeur d'université chinois Hu Yong fait lui aussi partie du jury. Il ne pourra cependant pas participer à la session de délibération… les autorités chinoises lui ont « conseillé » de ne pas sortir du pays.

Arménie - Projet de loi dangereux pour la liberté d'information en ligne

Sun, 03/30/2014 - 22:20

Reporters sans frontières est vivement préoccupée par le projet d'amendement à l'article 1087.1 du code civil arménien. Le texte, qui doit être débattu par le parlement le 31 mars 2014, prévoit de rendre les médias responsables des commentaires publiés sur leurs sites web et des contenus qu'ils reprendraient d'Internet. Selon les auteurs du projet de loi, son objectif est de lutter contre la prolifération des propos diffamatoires ou insultants que favoriserait l'anonymat prévalant sur le Web.

« Si l'objectif invoqué par les parlementaires est louable, ce projet de loi fait peser de graves dangers sur la liberté de l'information en ligne en Arménie. La rédaction vague et large du texte laisse aux magistrats une marge d'interprétation très excessive. Mais le problème va bien au-delà de la formulation : les médias ne sauraient être tenus responsables de contenus dont ils ne sont pas les auteurs. L'anonymat en ligne est un des principes constitutifs d'Internet en tant que formidable espace de débat et d'information libre. Nous demandons aux députés de retirer ce projet de loi de l'ordre du jour et de favoriser l'auto-régulation », déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de Reporters sans frontières.

Les auteurs du projet de loi, enregistré au parlement le 4 mars, affirment ne vouloir en finir avec l'anonymat que dans le cadre de propos diffamatoires rapportés par des médias ou tenus dans la rubrique « commentaires » des médias en ligne. Mais l'ambiguïté du texte laisse craindre que le terme de « média » ne s'applique à toute production d'information en ligne, y compris aux blogs et aux réseaux sociaux. En outre, les amendements envisagés ne fournissent aucune définition de l'« utilisateur anonyme », dont les propos passeraient sous la responsabilité des médias qui les citent. Or, l'usage de pseudonymes et d'avatars est si répandu sur Internet que le champ d'application semble illimité. Enfin, s'ils ne veulent pas être tenus pour responsables des commentaires publiés sur leurs sites web, les médias sont tenus de chercher à « identifier leurs auteurs » - une injonction à la fois irréaliste et illégitime.

Le texte a suscité une levée de boucliers de la société civile arménienne. Neuf associations de journalistes et de défense de la liberté de la presse ont signé le 14 mars une déclaration conjointe demandant le retrait du projet de loi. Elles soulignent que « cette initiative crée davantage de problèmes […] qu'elle n'en résout » et que « la plupart des situations [évoquées] peuvent être résolues dans le cadre de la législation existante, de la jurisprudence, des avis de la Cour de cassation et à travers les mécanismes de signalisation de contenus disponibles sur les réseaux sociaux ». Les auteurs du projet de loi ont reçu le 17 mars des représentants de ces organisations. Ils se sont montrés prêts à revoir la formulation du texte et à laisser du temps aux débats, mais ont refusé de retirer le texte.

Dans son rapport de mai 2011 consacré à Internet, le Rapporteur spécial des Nations Unies pour la liberté d'expression Frank la Rue soulignait que « les mesures de censure ne devraient jamais être déléguées à des entités privées, et que personne ne devrait être tenu responsable de contenus publiés sur Internet sans en être l'auteur ». Il expliquait que les intermédiaires techniques « ne sont pas les mieux placés pour déterminer si un contenu spécifique est illégal ou non » et que les tenir responsables risquait de les inciter à une censure abusive de façon à se prémunir.

L'Arménie occupe la 78e place sur 180 pays dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. L'adoption de ce projet de loi risquerait toutefois de ne pas être sans conséquence sur le classement du pays l'année prochaine.

(Photo : www.parliament.am)

Turquie - Blocage de YouTube : la cybercensure atteint de nouveaux pics à l'approche des élections

Thu, 03/27/2014 - 19:24

Le 27 mars 2014, la Haute instance des télécommunications (TIB) a fait bloquer l'accès à YouTube en Turquie. Cette décision administrative a été prise le jour même, « à titre préventif », sans décision de justice. La censure de YouTube intervient juste après la publication, sur la plate-forme, de l'enregistrement d'une conversation attribuée à l'ancien ministre des Affaires étrangères, au directeur du service de renseignements (MIT) et à d'autres officiels de haut rang, concernant une possible opération militaire turque en Syrie. Cet enregistrement est le dernier en date d'une longue série d'écoutes compromettantes pour le gouvernement, publiées ces dernières semaines sur les réseaux sociaux.

« Moins d'une semaine après le blocage de Twitter, YouTube est à son tour victime d'une censure politique qui s'intensifie jour après jour à l'approche des élections municipales. Les récents amendements à la loi sur Internet ont malheureusement fourni aux autorités toutes les armes nécessaires pour la mener à bien. Il est consternant d'avoir à rappeler une nouvelle fois la disproportion abyssale de telles mesures et l'illégitimité d'instances administratives pour les prononcer. Nous appelons la TIB à lever sans délai le blocage de Twitter et YouTube », déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

La décision de la TIB a immédiatement été appliquée par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) et les opérateurs d'accès 3G. « Il n'y a aucun problème technique de notre côté », a confirmé à Reporters sans frontières un porte-parole de la société Google Inc, propriétaire de YouTube. Seuls les internautes qui modifient leurs réglages DNS ou utilisent des VPN ont actuellement accès à YouTube.

YouTube avait déjà été censuré en Turquie de 2008 à 2010 en raison de vidéos qui avaient été jugées « attentatoires à la mémoire de Mustafa Kemal Atatürk », fondateur de la République turque en 1923.

Twitter : la levée du blocage ordonnée mais pas encore effective

Faisant droit à une requête du barreau d'Ankara et de l'Union des Barreaux de Turquie (TBB), la 15e chambre du tribunal administratif d'Ankara a ordonné le 26 mars la levée du blocage de Twitter, jugé « contraire à l'Etat de droit ». Toutefois, le site reste pour l'heure totalement inaccessible. Les récents amendements à la loi sur Internet ne laissent que quelques heures pour bloquer les sites incriminés, mais accordent à la TIB trente jours pour les débloquer.

La société Twitter a par ailleurs introduit un recours contre le blocage de la plate-forme. Selon elle, deux des décisions de justice avancées à l'appui de cette décision ne lui avaient jamais été notifiées. Elles visaient deux comptes Twitter que la société aurait accepté de fermer si on lui en avait fait la demande. Twitter conteste en revanche une troisième décision de justice, concernant le compte @oyyokhisiza (Pas de vote pour le voleur), utilisé à l'encontre de l'ancien ministre des Transports Binali Yildirim. Tout en rendant ce compte temporairement inaccessible en Turquie, la compagnie a déclaré être préoccupée par cette demande : « les contenus politiques, et en particulier les allégations de corruption, sont d'une grande importance », a-t-elle expliqué. Le recours de Twitter contre cette décision a été rejeté le 27 mars par un tribunal de police d'Istanbul, qui l'a cependant transféré à un tribunal correctionnel pour avis.

Lire aussi : "Climat malsain pour la presse à une semaine des élections" (22.03.2014)

Turquie - Blocage de Twitter : une censure digne des Etats les plus répressifs de la planète

Fri, 03/21/2014 - 11:06

Reporters sans frontières dénonce le blocage de l'accès à Twitter en Turquie, intervenu dans la nuit du 20 au 21 mars 2014.

Lire en turc / Türkçe

A la veille des élections régionales du 30 mars, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par la publication ces dernières semaines d'extraits de conversations qui lui sont attribuées. Ces écoutes, dont beaucoup sont rendues publiques sur Twitter, font état de son implication dans des affaires de corruption et de son intervention personnelle dans la ligne éditoriale de grands médias tels que HaberTürk, Milliyet, NTV ou Star.

« Cette censure extrême et absurde, lourde de conséquences pour la circulation de l'information et le débat démocratique, est digne des États les plus répressifs de la planète. La disproportion est patente entre le but officiellement recherché et les dommages causés à la liberté de l'information. Cette décision ne fait malheureusement qu'illustrer toute la portée liberticide de la loi adoptée il y a quelques semaines pour renforcer la censure en ligne. Nous appelons instamment les autorités à lever le blocage de Twitter et à réformer la législation pour garantir le respect de la Constitution et des engagements internationaux de la Turquie », déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Le blocage de l'accès à Twitter répond au dispositif législatif mis en place le mois dernier malgré un concert de protestations nationales et internationales. Le Conseil des technologies informatiques et des communications (BTK), lié au ministère des Transports et de la Communication, a fait savoir que des décisions de justice avaient été prises à l'encontre de certains contenus sur la base de plaintes pour « atteinte à la personne » et « violation de la vie privée ». En conséquence, la « suspension préventive » de l'ensemble de la plate-forme a été ordonnée le 20 mars. Le BTK a précisé que l'accès à Twitter serait restauré dès lors que Twitter « retirerait les contenus que la justice a qualifiés d'illégaux ».

Plusieurs décisions de justice sont évoquées, dont quatre ont été adoptées respectivement le 3 février, le 4 mars, le 18 mars et le 20 mars par la 14e chambre du tribunal correctionnel de la rive anatolienne d'Istanbul, la 2e chambre du tribunal de police de Samsun (nord du pays), la 5e chambre du tribunal de police de la rive anatolienne d'Istanbul et la TIB (Haute Instance de la Télécommunication).

Le 20 mars, lors d'un meeting électoral à Bursa (Nord-ouest), Recep Tayyip Erdogan avait annoncé que le blocage de Twitter était imminent. « La justice vient de prendre sa décision. Nous allons éradiquer les Twitter et consorts. Oui, tous. Ce que diront les cercles internationaux ? Cela ne me concerne pas. Ils verront la force de l'Etat de la République turque », avait-il menacé.

Il est clair que l'objectif du Premier ministre est de mettre fin à la publication des écoutes téléphoniques qui mettent le gouvernement en difficulté. Il a dénoncé les pratiques de ceux « qui n'hésitent pas à mettre sur écoute les plus hauts responsables du gouvernement » et qui « menacent désormais la sécurité de l'Etat ». « Cela n'a rien à voir avec les libertés. La liberté, ce n'est pas violer l'intimité d'une personne. La liberté, ce n'est pas non plus de faire ainsi parvenir des secrets d'Etat à des adresses internationales ».

Ces propos avaient immédiatement suscité les protestations de l'Association des éditeurs sur Internet (IYAD), qui avait estimé que « s'arroger le droit de fermer Twitter confirmerait [que la Turquie est] une dictature ». Après le blocage de Twitter, le président du barreau de Turquie, Metin Feyzioglu, a annoncé son intention de porter plainte contre les responsables de cette censure. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont fait part de leur préoccupation.

Quatre solutions pour contourner le blocage de Twitter en Turquie

1. Téléphone portable

Twitter offre la possibilité de poster des messages en envoyant des SMS. En Turquie, pour les abonnés des réseaux Avea ou Vodafone, envoyez "START" au 2444. Pour les abonnés Turcell, envoyez "Start" au 2555. Suivez ensuite les instructions.

2. DNS

Les autorités turques ont bloqué le site de Twitter en modifiant le paramétrage des serveurs DNS. Sur Internet, un serveur DNS est une sorte d'annuaire qui fait la correspondance entre le nom informatique d'un serveur web (son adresse IP) et le nom de domaine. Twitter a été bloqué en effaçant son nom de domaine de cet annuaire. Pour contourner le blocage, il suffit d'utiliser d'autres serveurs DNS que ceux des fournisseurs d'accès locaux. C'est ainsi que fleurissent en Turquie, sur les murs et les réseaux sociaux, des infographies et des tags avec l'adresse des serveurs DNS de Google par exemple 8.8.8.8 ou 8.8.4.4.

Pour modifier les réglages de votre ordinateur, suivez ce tutoriel (en anglais).
Cette vidéo explique comment modifier les réglages DNS sur IPhone.

3. Tor

L'utilisation du réseau Tor permet de s'affranchir de la censure en ligne mise en place en Turquie. Tor fonctionne en faisant passer votre trafic web par des serveurs situés en dehors du pays, et donc non assujetties aux règles de filtrage en vigueur en Turquie.
Pour installer et comprendre le fonctionnement de Tor, consultez ce tutoriel en français ou en turc .

4. VPN de Reporters sans frontières

L'utilisation d'un VPN vous permet de vous connecter à Internet en ajoutant une « dérivation » de votre trafic, qui vous connectera dans un autre pays. En utilisant le VPN de Reporters sans frontières, vous serez connecté depuis la France et non depuis la Turquie. Le filtrage mis en place enTurquie ne s'appliquera donc plus.

Une fois le VPN RSF configuré, contactez-nous à l'adresse wefightcensorship@rsf.org pour obtenir un nom d'utilisateur et un mot de passe.

(Photo : AFP Photo / Prime Minister Press Office / Kayhan Ozer)

Russie - Jusqu'où ira la chasse aux voix critiques ?

Thu, 03/13/2014 - 21:30

Reporters sans frontières est abasourdie par le blocage des sites d'information proches de l'opposition Grani.ru, Kasparov.ru et EJ.ru, ordonné par l'autorité de surveillance des communications, Roskomnadzor. Dans la soirée du 13 mars 2014, l'institution a annoncé que les trois sites “étaient inclus dans le registre unifié des informations interdites à la demande du Parquet général de la Fédération de Russie”. C'est également le cas du blog de l'opposant Alexeï Navalny sur LiveJournal.

“Avec le blocage de ces adresses au lendemain de l'éviction de la rédactrice en chef de Lenta.ru, il est manifeste que nous sommes à un moment tournant pour la liberté de l'information en ligne en Russie. Nous appelons instamment le Roskomnadzor à s'expliquer et à revenir sur cette décision”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

“Ce nouveau pic de censure est malheureusement la conséquence prévisible de l'adoption fin décembre d'une loi autorisant le Parquet général et le Roskomnadzor à bloquer, sans décision de justice, toute ressource jugée ‘extrémiste'. Nous nous alarmions à l'époque du caractère vague et large de cette notion, qui inclut les appels à participer à des rassemblements non autorisés. Si la Constitution russe a toujours un sens, les autorités doivent impérativement abroger cette disposition, entrée en vigueur le 1er février, qui légalise la censure politique la plus arbitraire.”

D'après le communiqué du Roskomnadzor, Grani.ru, Kasparov.ru et EJ.ru “diffusent des appels à prendre part à des actions de masse non autorisées”. Le communiqué ne fournit aucune précision. Dans une interview pour le site d'information Gazeta.ru, la directrice générale de Grani.ru Ioulia Berezovskaïa a déclaré n'avoir aucune idée du contenu incriminé. Elle précise n'avoir reçu aucun avertissement préalable, ni aucune explication de la part du Roskomnadzor.

L'activité du blog d'Alexeï Navalny constitue quant à elle, selon le Roskomnadzor, une violation de la mesure d'assignation à résidence prononcée contre le célèbre opposant. Depuis le 28 février, Alexeï Navalny, mis en examen dans une affaire de détournement de fonds, a l'interdiction de quitter son domicile et d'utiliser quelque moyen de communication que ce soit. Pour contourner cette mesure, il affirme que son blog est actuellement alimenté par sa femme et ses collègues, sur la base de notes qu'il leur fait passer.

Enfin, dans la soirée du 13 mars, des Internautes de plusieurs régions russes affirment que le site de la radio indépendante Echos de Moscou est lui aussi bloqué. Le rédacteur en chef de la station, Alexeï Venediktov, affirme sur Twitter que le site est bloqué par les fournisseurs d'accès Akado et Biznessviazholding. A l'heure actuelle, il n'apparaît pas dans le registre unifié des informations interdites et Reporters sans frontières n'a pu obtenir aucune information supplémentaire.

(Image : capture d'écran du site du Roskomnadzor)

Russie - Lenta.ru à son tour victime de la reprise en main des médias indépendants

Wed, 03/12/2014 - 21:01

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Reporters sans frontières est choquée par la brusque éviction de la rédactrice en chef du premier site d'information indépendant russe, Lenta.ru. Le 12 mars 2014, Galina Timtchenko (Галина Тимченко) a été démise de ses fonctions et remplacée par Alexeï Goreslavski (Алексей Гореславский). Cette décision intervient alors que le site vient de faire l'objet d'un avertissement de la part de l'autorité russe de surveillance des communications, le Roskomnadzor, pour avoir interviewé un leader ultranationaliste ukrainien.

“Dans le contexte de la crise ukrainienne plus que jamais, Lenta.ru est l'une des rares sources d'information indépendantes à subsister dans un océan de propagande. La rédactrice en chef désavouée aujourd'hui incarne le travail de toute son équipe, dont l'honneur est d'avoir placé Lenta.ru à la pointe du journalisme moderne tout en préservant une liberté éditoriale totale. Étant donné l'influence et la reconnaissance de ce site, l'éviction de Galina Timtchenko constitue un signal d'intimidation très clair et un coup majeur porté au journalisme indépendant en Russie”, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de Reporters sans frontières.

Avec près de 12 millions de visiteurs par mois, Lenta.ru est le site d'information le plus lu en Russie. C'est même la 16e ressource en ligne la plus consultée dans le pays, juste après les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Lenta.ru a fourni d'importants efforts ces dernières années pour diversifier ses contenus et ses formats, depuis les brèves jusqu'aux reportages vidéo en passant par de longs papiers d'analyse et des chroniques d'auteurs.

Le 12 mars, le site a annoncé que le propriétaire de la holding “Aficha-Rambler-SUP”, Alexandre Mamoute, avait remplacé Galina Timtchenko par Alexeï Goreslavski, jusqu'alors adjoint du directeur général pour la communication extérieure. Galina Timtchenko, collaboratrice de Lenta.ru depuis sa création en 1999, dirigeait la rédaction depuis 2004. Ancien président de l'agence de communication Agency One et ancien rédacteur en chef des sites Vzgliad et Vslukh o…, Alexeï Goreslavski est largement considéré comme favorable aux positions du Kremlin. D'après la chaîne de télévision indépendante Dojd, la reprise en main de Lenta.ru était prévisible depuis la création de la méga-holding “Aficha-Rambler-SUP” au printemps 2013. Celle-ci s'était accompagnée du départ du principal intermédiaire entre les propriétaires du site et les autorités.

Si aucune explication n'a été fournie au départ de Galina Timtchenko, il est difficile de ne pas y voir un lien avec l'avertissement adressé le même jour à Lenta.ru par le Roskomnadzor. L'autorité de surveillance des communications a épinglé le site pour une interview d'Andreï Tarasenko, représentant du mouvement ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor, réalisée par l'envoyé spécial Ilya Azar. Le Roskomnadzor considère que l'interview et un autre article indiqué en lien “contiennent des propos incitant à la haine” et contreviennent à la loi sur l'extrémisme. La dénonciation de Pravy Sektor est au coeur du discours officiel russe sur la situation en Ukraine depuis le renversement du président Viktor Ianoukovitch. La propagande du Kremlin extrapole largement les activités et les propos de ce mouvement pour mieux dénoncer un “coup d'Etat fasciste” à Kiev et discréditer le nouveau gouvernement ukrainien.

“Rendre des journalistes responsables des propos de la personne qu'ils interrogent est intolérable. Qu'on les approuve ou non, donner la parole aux ultranationalistes ukrainiens est une nécessité à l'heure où leurs actions sont abondamment commentées. A aucun moment de son interview Ilya Azar n'est complaisant avec son interlocuteur. L'avertissement du Roskmonadzor, qui a toutes les allures d'un prétexte idéal, en dit long sur la volonté des autorités russes de contrôler l'information sur la crise ukrainienne”, ajoute Johann Bihr.

La rédaction n'a pas tardé à faire part de sa défiance à l'égard de sa nouvelle direction. “Nous estimons que cette nomination constitue une [forme de] pression directe sur la rédaction de Lenta.ru. L'éviction d'une rédactrice en chef indépendante et son remplacement par un homme lige, émanant qui plus est directement des bureaux du Kremlin, c'est déjà une violation de la loi sur les médias, qui affirme que la censure est inadmissible”, souligne une lettre ouverte aux lecteurs actuellement signée par quatre-vingt quatre membres de la rédaction.

Sur le harcèlement des médias indépendants en Russie, lire aussi :

Теперь « Лента.ру » стала жертвой наступления на независимые медиа

« Репортеры без границ » шокированы внезапным увольнением главного редактора ведущего портала независимой информации, « Ленты.ру ». 12-го марта 2014-го года Галину Тимченко отстранили от должности и заменили Алексеем Гореславским. Это решение было принято сразу же после того, как Роскомнадзор вынес редакции предупреждение за публикацию интервью с одним из лидеров украинского ультранационалистического движения.

« В контексте небывалого кризиса в Украине « Лента.ру » – это один из немногих источников независимой информации, который выживал в океане пропаганды. Главный редактор, от которой сегодня отказались, воплощает работу все своей команды. Эта команда смогла поставить « Ленту.ру » во главе современной журналистики, сохранив при этом абсолютную редакционную независимость. Принимая во внимание влияние этого портала и его всеобщее признание, увольнение Галины Тимченко представляет собой очевидный запугивающий маневр и болезненный удар по свободной журналистике в России », – заявил Йоханн Бир, глава отдела Восточной Европы и Средней Азии « Репортеров без границ ».

С двенадцатью миллионами посетителей в месяц « Лента.ру » – один из самых читаемых новостных интернет-СМИ в России. Более того, в стране сайт находится на 16-ом месте по посещаемости, сразу после поисковиков и социальных сетей. « Лента.ру » в последние годы немало работала над разнообразием контента и форматов : от заметок до видео-репортажей, аналитических статей и авторских колонок.

12-го марта сайт сообщил, что владелец объединенной компании « Афиша-Рамблер-SUP » Александр Мамут заменил Галину Тимченко Александром Гореславским, который до этого момента занимал пост заместителя генерального директора компании по внешним коммуникациям. Галина Тимченко, сотрудничавшая с « Лентой.ру » с момента основания в 1999 году, встала во главе редакции в 2004 году. Бывший президент коммуникационного агентства Agency One, бывший главный редактор сайта « Взгляд » и журнала « Вслух о… », Гореславский считается благосклонным к позиции Кремля. Согласно мнению независимого телеканала « Дождь », взятие под контроль « Ленты.ру » можно было предугадать еще с момента создания медиахолдинга « Афиша-Рамблер-SUP » весной 2013-го года. Это событие сопровождалось уходом главного посредника между владельцами портала и властями.

Несмотря на то, что пока никаких объяснений увольнения Галины Тимченко не последовало, сложно не видеть в нем связи с предупреждением Роскомнадзора, вынесенным « Ленте.ру » в тот же день. Надзорному ведомству в сфере СМИ не понравилась публикация интервью Андрея Тарасенко, представителя ультранационалистического украинского движения « Правый Сектор », подготовленное специальным корреспондентом Ильей Азаром. По мнению Роскомнадзора, в интервью и в другой статье, на которую в тексте была ссылка, « содержатся высказывания, направленные на возбуждение национальной розни », что нарушает закон об экстремизме. С отстранением президента Виктора Януковича осуждение « Правого Сектора » находится в центре российского официального дискурса по поводу ситуации в Украине. Кремлевская пропаганда делает обобщения на основе деятельности и заявлений этого движения, чтобы разоблачать « фашистский переворот » в Киеве и дискредитировать новое украинское правительство.

« Недопустимо делать журналистов ответственными за слова их собеседников. Действия ультанационалистов сейчас комментируют повсеместно, поэтому просто необходимо давать им слово, одобряем мы это или нет. Во время интервью Илья Азар совершенно не высказывает согласия со своим собеседником. Предупреждение Роскомнадзора, больше похожее на идеальный повод, свидетельствует о желании российский властей контролировать информацию вокруг украинского кризиса », добавляет Йоханн Бир.

Редакция, не мешкая, выразила свое недоверие новому руководству. « Мы считаем, что это назначение является прямым давлением на редакцию « Ленты.ру ». Увольнение независимого главного редактора и назначение управляемого, в том числе напрямую из кремлевских кабинетов, человека – это уже нарушение закона о СМИ, говорящего о недопустимости цензуры », – подчеркивается в открытом письме читателям, на данный момент подписанным восьмьюдесятью четырьмя сотрудниками редакции.

(Images : Lenta.ru)

Ennemis d'Internet : les institutions au cœur du système de censure et de surveillance

Tue, 03/11/2014 - 21:39

A l'occasion de la Journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters sans frontières publie l'édition 2014 de son rapport "Ennemis d'Internet". Ce document révèle les secrets des institutions qui, au sein des États, mettent en oeuvre la répression en ligne et les atteintes technologiques à la liberté de l'information.

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Au motif de la sauvegarde de la sécurité du territoire, les institutions pointées dans ce rapport, parmi lesquelles l'Autorité des Télécommunications (Pakistan), le FSB (Russie), le Centre opérationnel et analytique (Bélarus), le Ministère de l'Information et des Communications (Vietnam) ou le Bureau d'Etat de l'information sur Internet (Chine), ont largement outrepassé leur mission originelle pour se livrer à une censure et une surveillance sans bornes des acteurs de l'information.

Trois des trente deux institutions désignées “Ennemis d'Internet” par Reporters sans frontières opèrent dans des démocraties qui prétendent pourtant défendre la liberté d'expression et la libre circulation de l'information. Ainsi, les pratiques de la NSA aux États- Unis, du GCHQ au Royaume-Uni et du Centre de développement des télématiques en Inde n'ont rien à envier à leurs homologues chinois, russes, iraniens ou bahreïnis.

Le contrôle de l'information en ligne ne serait pas possible sans le concours de sociétés privées. Dans l'édition précédente du rapport Ennemis d'Internet, Reporters sans frontières pointait du doigt les mercenaires numériques, des entreprises qui mettent leur savoir faire au service de régimes autoritaires contre des sommes d'argent bien souvent colossales. En 2014, l'organisation dénonce cette fois les dealers de la surveillance, des salons qui mettent en relations des entreprises spécialisées dans la surveillance et la censure avec des régimes autoritaires. Parmi les plus connus et les plus néfastes : ISS World, Milipol et Technology against Crime.

Au-delà de la dénonciation, c'est l'action qui permettra de mettre fin à ces pratiques indignes. Reporters sans frontières livre donc une série de recommandations à destination des États et des institutions internationales afin de mettre un terme aux dérives sécuritaires et paranoïaques observées depuis plusieurs années.

Les pratiques des institutions “Ennemis d'internet”, qui oeuvrent le plus souvent dans l'ombre, doivent être dénoncées et connues du plus grand nombre. C'est à cette condition que les institutions internationales, les Nations Unies, l'Europe ou les traités régissant l'export des technologies de surveillance pourront se saisir de ces problèmes et légiférer afin de faire cesser au plus vite ces pratiques. Reporters sans frontières invite les internautes du monde entier à se joindre à cette initiative.

Mobilisez vous ! #InternetEnemies
  • Inscrivez-vous à la campagne de sensibilisation en ligne lancée le 12 mars par Reporters sans frontières, afin de faire entendre votre voix
  • Interpelez, sur les réseaux sociaux les chefs d'État en charge de ces institutions. Sur Twitter, utilisez le hashtag #InternetEnemies
  • Changez votre avatar Twitter ou votre photo de profil Facebook avec le logo "contre la censure en ligne" de Reporters sans frontières

Internet est un bien commun. Ne laissons pas les institutions “Ennemis d'Internet” en faire une arme au service de leurs intérêts particuliers.

Consultez le rapport complet en ligne à partir du mercredi 12 mars à minuit : http://12mars.rsf.org

Etats-Unis - Des documents confidentiels démontrent l'acharnement des autorités américaines contre Wikileaks

Thu, 02/20/2014 - 12:43

Reporters sans frontières s'indigne de l'acharnement manifeste des autorités américaines contre WikiLeaks. Des documents confidentiels publiés par Glenn Greenwald et Ryan Gallagher témoignent de l'instrumentalisation de la NSA et du GCHQ, les agences de renseignements américaines et britanniques, contre le média en ligne et son fondateur, Julian Assange.

Ces documents, fournis par le lanceur d'alerte Edward Snowden, démontrent que ces deux agences ont outrepassé leur mission au profit d'intérêts politiques bafouant la liberté d'informer.

"La surveillance exercée par la NSA, la volonté des autorités américaines de voir WikiLeaks traduit en justice et la criminalisation de son responsable, Julian Assange constituent une atteinte à la liberté de l'information. WikiLeaks ne saurait être condamné pour avoir exercé son droit de collecter et de publier des informations, un droit garanti par le Premier Amendement", a déclaré Reporters sans frontières.

Un premier document explique comment le GCHQ a utilisé son programme de surveillance TEMPORA pour enregistrer l'ensemble des visites à destination d'un site de WikiLeaks. Les adresses IP des visiteurs ont été interceptées et enregistrées de même que les termes de recherche utilisés pour accéder au site.

Un deuxième document met en évidence les pressions exercées par les Etats-Unis sur leurs alliés afin qu'ils prennent des mesures judiciaires contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Ce document liste pays par pays, année par année, les efforts déployés par les Etats-Unis et leurs alliés pour localiser, poursuivre, capturer et tuer terroristes, trafiquants de drogue et autres ennemis d'Etat. Après la publication des “Afghan War Logs”, les Etats-Unis ont incité leurs alliés à traiter Julian Assange en criminel : “Les Etats-Unis demandent aux autres nations ayant des forces stationnées en Afghanistan, l'Australie, Le Royaume-Uni et l'Allemagne, d'envisager de porter des charges criminelles contre Julian Assange”. Julian Assange y est décrit comme le “fondateur du site internet WikiLeaks et responsable de la publication non autorisée de plus de 70 000 documents secret couvrant la guerre en Afghanistan”.

Un troisième document confidentiel démontre que le gouvernement américain avait demandé à ce que WikiLeaks soit classé comme “agent étranger malveillant”, ce qui l'aurait exposé à une surveillance accrue.

En septembre 2013, depuis l'ambassade d'Equateur à Londres où il est réfugié, Julian Assange avait déjà condamné l'action du gouvernement des autorités américaines dans son travail de journaliste et porté plainte devant la justice suédoise.

En octobre 2010, Visa, Mastercard, Paypal et d'autres services de paiement en ligne avaient suspendu les paiements à destination de WikiLeaks, sapant les assises financières du groupe.

Les membres du réseau WikiLeaks ont été confrontés à des abus de pouvoir de la part des autorités américaines. En novembre 2013, Jeremy Hammond, un informateur du groupe, avait déjà été condamné à 10 ans de prison pour infraction à la loi contre les fraudes et les abus informatiques (Computer Fraud and Abuse Act). En 2011, Jacob Appelbaum, représentant de WikiLeaks depuis juillet 2010, avait été la cible d'une collecte d'information ciblée contre ses collaborateurs. Le 4 janvier et le 15 avril 2011, le gouvernement américain avait enjoint par décret aux fournisseurs d'accès Google Inc. et Sonic.net Inc. à fournir les adresses IP et adresses électroniques de tous ses contacts depuis le 1er novembre 2009.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont classés respectivement 46e et 33e dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Les Etats-Unis ont chuté de 13 places par rapport à l'édition précédente, notamment en raison d'une utilisation trop large et abusive du concept de sécurité nationale, aux dépens de la liberté de l'information.

Chine - La Chine censure les révélations sur l'argent caché des élites chinoises

Fri, 01/24/2014 - 17:02

Après la publication par plusieurs médias internationaux de révélations sur l'argent caché dans des paradis fiscaux des élites chinoises, les sites web du Monde, du Guardian, du Global Mail, d'El Pais et du Süddeutsche Zeitung ont été bloqués en Chine. Internet a été coupé pendant plusieurs heures peu après la publication de ces révélations.

“La réaction du gouvernement chinois à la publication de ces révélations sur la corruption en Chine témoigne de l'embarras face à une information d'intérêt public. Nous ferons tout pour rendre cette information accessible aux citoyens chinois” a déclaré Reporters sans frontières.

Un collectif de journalistes d'investigation, l'International Consortium of Investigative Journalists, a recueilli pendant des mois des renseignements détaillés sur la façon dont des membres de l'élite du pouvoir chinois ont utilisé les paradis fiscaux pour dissimuler leur enrichissement personnel et parfois celui de leur proches.

Suite à la publication des résultats de cette enquête, mardi 21 janvier, les sites des médias associés à cette opération ainsi que celui de l'ICIJ ont été bloqué par les autorités chinoises. GreatFire, une organisation spécialisée dans l'observation de de la censure en ligne en Chine, a dressé la liste des médias bloqués :

Le portail américain China Digital Times a publié mercredi une directive internet des autorités chinoises ordonnant la suppression immédiate de tous les articles mentionnant l'enquête de l'ICIJ.

Sur le site de micro blogging chinois SinaWeibo, la quasi-totalité des commentaires et des liens relatifs à l'enquête de l'ICIJ ont été supprimés.

Mardi 21 janvier, premier jour de parution de l'enquête de l'ICIJ, le réseau Internet chinois a été victime d'une coupure, suite à une panne au timing opportun. L'organisation GreatFire y voit une tentative - infructueuse -de bloquer les sites miroirs montés par l'organisation. L'organisation a en effet créé une copie du China Digital Times, lequel a également publié les révélations de l'ICIJ, en anglais et en chinois.

Les articles censurés publiés sur WeFightCensorship

Afin de combattre cette censure de l'information Reporters sans frontières a publié sur son site WeFightCensorship les articles du Monde.fr, en français et en chinois. Le site WeFightCensorship a été conçu pour résister au blocage. Tout article publié sur WeFightCensorship est instantanément dupliqué sur plusieurs copies du site, hébergées dans le monde entier. Nous invitons également les internautes à participer à ce projet et à créer des miroirs de WeFightCensorship sur leur propres serveurs.

La Chine a été désignée ennemi d'Internet par Reporters sans frontières et est classée 173e sur 179 au Classement mondial de la liberté de la presse.

Turquie - Censure d'Internet : le parlement doit abandonner son projet de loi liberticide

Fri, 01/17/2014 - 16:48

Reporters sans frontières exprime sa profonde inquiétude quant au projet de loi sur Internet qui doit être débattu ces prochains jours au parlement d'Ankara. Le texte a été enregistré mi-décembre 2013 par une députée du parti au pouvoir AKP, sous la forme d'amendements à la loi n°5651 sur Internet. S'il est adopté en l'état, il permettra aux autorités de bloquer davantage de sites sans décision de justice et d'instaurer une surveillance massive des Internautes. Reporters sans frontières appelle instamment les députés à rejeter ce texte liberticide et se joint aux appels à manifester en ce sens dans toute la Turquie, samedi 18 janvier 2014.

« Si la loi n°5651 doit bel et bien être réformée, c'est pour en supprimer les aspects liberticides et garantir le respect de la liberté de l'information. Le parlement prend malheureusement la direction opposée : le texte qu'il examine actuellement ne vise qu'à renforcer la cybercensure, le contrôle gouvernemental d'Internet et la surveillance des citoyens. Son adoption serait lourde de conséquences pour les libertés fondamentales des Internautes, mais aussi pour l'économie numérique turque. Nous appelons les députés à revoir en profondeur ce projet de loi en engageant la concertation avec la société civile et en tenant compte des critiques adressées par la CEDH à la législation actuelle », a déclaré l'organisation.

« Le texte soumis au parlement est d'autant plus préoccupant qu'il s'inscrit dans le droit fil d'une série de déclarations et d'initiatives liberticides de la part des autorités ces derniers mois. Confronté à un mouvement de contestation sans précédent l'été dernier, et empêtré aujourd'hui dans des affaires de corruption d'une ampleur inédite, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan doit comprendre qu'il ne trouvera aucun salut en généralisant la censure. »

Dans son rapport de mai 2011, le rapporteur spécial des Nations unies pour la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, Frank La Rue, préconise « des restrictions aussi limitées que possible à la circulation de l'information via Internet, sauf dans des circonstances précises, exceptionnelles et limitées, en accord avec les standards internationaux ».

Sous le mot d'ordre « Pas touche à mon Internet » et #sansürüDurdur (arrête la censure), des appels à manifester le 18 janvier à 18 heures circulent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Des rassemblements se tiendront dans au moins neuf villes, à savoir Istanbul, Ankara, Izmir, Antalya, Balikesir, Mersin, Antakya, Bursa et Eskisehir.

Blocage administratif étendu

La Haute instance des télécommunications (TIB) était déjà habilitée à ordonner le blocage de sites Internet sans décision de justice dans le cas de contenus pédopornographiques, faisant l'apologie du suicide ou d'autres « obscénités ». Selon le projet de loi, elle pourra désormais le faire en cas d'« atteinte à la vie privée », de contenus « discriminatoires ou insultants à l'égard de certains membres de la société » ou pour protéger la famille et l'enfance. Le ministre des Transports, des Affaires maritimes et de la Communication pourra lui aussi ordonner de tels blocages.

L'absence de décision de justice et le flou des critères invoqués laissent craindre l'instauration d'une censure massive, d'autant plus que de nombreux sites sont déjà abusivement bloqués en Turquie. Les analystes soulignent que ces dispositions pourraient s'appliquer à la critique de la religion ou à la diffamation, ou que des sites d'information satiriques tels que Eksi Sözlük et Zaytung pourraient être bloqués sans que les Internautes concernés n'aient la possibilité de faire valoir leur bon droit.

Le projet de loi raccourcit le délai d'exécution des décisions de blocage : 24 heures, contre 72 heures actuellement. « En cas d'urgence », le directeur de la TIB sera habilité à agir de manière immédiate et unilatérale pour faire bloquer des sites Internet dans les quatre heures. Tout citoyen estimant qu'un contenu « porte atteinte à sa vie privée » pourra lui aussi saisir directement les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) et obtenir son blocage dans les quatre heures. Ce n'est que dans un deuxième temps qu'un éventuel recours en justice pourra être introduit. Les blocages ordonnés par des procureurs, en revanche, ne seront même plus validés après coup par un juge. Ils pourront être prolongés par les procureurs eux-mêmes.

Les modalités de filtrage sont élargies : il sera possible de bloquer un contenu par URL et par adresse IP, et non plus seulement par nom de domaine. Un système de filtrage par mots-clés est évoqué. Le contournement de la censure grâce aux proxys et au réglage DNS sera rendu impossible.

Mise au pas des intermédiaires techniques

Le projet de loi entend soumettre Internet à une véritable « verticale du pouvoir » soumise à la TIB. Consacrée comme l'institution suprême de contrôle du Net, celle-ci bénéficiera en outre d'une impunité totale : aucune enquête judiciaire ne pourra être lancée contre le personnel de la TIB sans l'autorisation du président de l'institution. Ce dernier ne pourra lui-même être mise en cause qu'avec l'aval du ministre des Transports, des Affaires maritimes et de la Communication.

Les FAI seront regroupés au sein d'une nouvelle structure, censée centraliser les demandes de blocage et de retrait de contenu. Cette Union des fournisseurs d'accès est suspectée d'être un outil supplémentaire de contrôle du gouvernement sur les intermédiaires techniques. Ces derniers n'auront pas d'autre choix que d'y adhérer et de mettre en place les outils de surveillance imposés par les autorités, sous peine de mettre un terme à leurs activités.

S'ils n'appliquent pas les ordres de censure, ils feront en outre l'objet de sanctions renforcées. Les hébergeurs qui ne retirent pas le contenu incriminé sitôt qu'ils en reçoivent l'injonction seront désormais passibles de 10 000 à 100 000 livres turques (de 3 300 à 33 000 euros) d'amende. Des peines de prison pour les fournisseurs d'accès qui ne bloquent pas les sites voulus ont été évoquées dans les débats en commission parlementaire.

Ces dispositions contreviennent directement au rapport de Frank La Rue, qui précise que « tenir les intermédiaires pour responsables du contenu diffusé ou créé par leurs utilisateurs compromet gravement la jouissance du droit à la liberté d'opinion et d'expression, car cela conduit à une censure privée excessive et auto-protectrice, généralement sans transparence ni application conforme de la loi ».

Dangereuse conservation des données

Le projet de loi impose aux intermédiaires techniques de conserver des données de connexion des Internautes entre un an et deux ans, et de les transmettre aux autorités compétentes sur simple demande. Les inquiétudes sont d'autant plus fortes que le texte ne précise pas quelles données devront être fournies, comment, ni quel usage en sera fait. D'après les experts, il serait question de l'historique des sites et réseaux sociaux visités, des recherches effectuées, des adresses IP, et jusqu'aux titres des emails.

Les contenus publiés feront eux aussi l'objet d'une surveillance constante par mots clés. Ce faisant, la TIB ne se limitera pas à la recherche de crimes et de délits, mais agira aussi au nom de la « protection de la famille et des enfants. » On ignore pour l'heure comment les sites Internet seront affectés.

Année après année, la Turquie figure parmi les pays classés « sous surveillance » par Reporters sans frontières en matière de cybercensure. Le pays figure à la 154e place sur 179 dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse, élaboré par l'organisation.