Bélarus : Plongée en vidéo dans la répression


Une journaliste filmant la répression des manifestations silencieuses de l'été 2011 se fait violemment arracher sa caméra par un policier. Le policier ayant oublié de l'éteindre, la caméra continue à tourner et, aux mains des forces de l'ordre, prend le son de la répression des manifestations.

En décembre 2010, le président bélarusse Alexandre Loukachenko se succède à lui-même au terme d’une élection marquée par de multiples violations. Chef de l’Etat depuis 1994, il arrive en tête du scrutin avec près de 80% des voix. Les manifestations qui éclatent alors dans le pays sont violemment écrasées. Réduite au silence, la mobilisation démocratique prend de nouveau de l’ampleur à l’été 2011 : durant une dizaine de semaines, les manifestations pacifiques se succèdent tous les mercredis dans les grandes villes du pays. Les rassemblements d’opposition étant interdits, les Bélarusses doivent cependant faire preuve de créativité et se retrouvent sous des prétextes divers, par exemple pour des concerts en plein air. Empêchés d’utiliser slogans et banderoles, ils expriment leur mécontentement en frappant dans leurs mains (par ironie). Mais leur stratagème est bientôt interdit. Les journalistes et blogueurs qui couvrent ces événements sont systématiquement interpellés et brutalisés, leur matériel confisqué ou endommagé. En temps réel, Reporters sans frontières rend compte de ces développements sur son site.

La vidéo présentée ici est réalisée par une journaliste de Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL) au cours d’une manifestation organisée à Minsk le 3 juillet 2011, à l’occasion de la Journée de l’indépendance. Alors qu’elle filmait les interpellations, la journaliste s’est fait arracher sa caméra des mains par un officier de police. Elle la récupérera un peu plus tard. Dans la confusion, le policier n’a pas éteint la caméra. La vidéo nous offre ainsi une plongée au sein des forces de l’ordre en train de réprimer la manifestation. Le comportement de ces hommes en civil est si brutal que des manifestants appellent à l’aide... la police. Les forces de répression sont très organisées : on les entend coordonner leurs actions, recevoir l’ordre d’« écraser » la foule et demander des renforts face à la résistance pacifique des manifestants. La journaliste réclame avec insistance sa caméra et des manifestants protestent contre l’interpellation d’un enfant. A l’issue de ce rassemblement, plus de 400 personnes seront interpellées, dont plus de quinze journalistes.

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